Un jour comme un autre

La fille a mis la table et fait tremper le pain
Dans la soupe odorante ; et le fils et le père
Qui revenaient des champs, se sont lavé les mains.
La mère avait fini de traire. L'air sévère,
Elle a servi la soupe et le pain et le vin.
Le fils a dit soudain : "paraît que le Baptiste,
-Tu sais, c'est le commis du Gaston Létevin-,
Il quitte le pays : tu parles d'un artiste !
Il préfère l'usine à nos travaux des champs !
Il va se marier avec une ouvrière
Qu'il a connue en ville. Oh, c'est pas un méchant,
Mais c'est un fier-à-bras qui fait trop de manières !"
La mère a dit : "il court après tous les jupons :
On regrettera pas, c'est tant mieux qu'il s'en aille !"
"Elle exagère, il est pas si mauvais garçon,
Mais c'est vrai qu'à la ferme, il a rien fait qui vaille
(A répondu le père - Apporte donc les fruits !".

Et la fille a donné le dessert sans un bruit.
Elle n'a pas parlé, mais elle était très pâle,
A plié sa serviette et mis son tablier ;
Elle a lavé la table et la vaisselle sale,
Ôté le tablier et grimpé l'escalier,
De sa chambre glacée a refermé la porte.

Elle verse à présent les larmes de son corps ;
Elle a le cœur qui saigne et voudrait être forte,
Mais son rêve est brisé, son tendre rêve est mort.
Elle ne connaît pas l'amour et son mystère

Elle pleure dans son lit, transie et solitaire.




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